Du temps Proustien
Chez Proust le temps n' est pas perdu, - il ne s' agit pas de nostalgie - , mais simplement arrêté. Le temps est continu, d' un seul bloc ; ni passé ni présent, ni futur. On peut le découper en tranches solides, comme de la viande sur un étal. "Je vous en ai mis 500 pages, je vous les laisse?".
Le temps est le même de bout en bout du texte. Sans date, sans repère historique,
Temps sans rupture, sans combat verbal, sans dialogue où l' on attend la réplique.
On n' attend rien des lignes en cours de lecture, pas d' énigme à résoudre, de princesse à sauver. Pas de méchant à détruire, pas de situation à dénouer, pas de "happy end" à espérer..
Nous somme dans l' anti-certitude.
Proust écrit:" Le spectacle du monde serait incertain, comme un rêve.."
Après Montaigne et ses Essais, Rousseau et ses rêveries - "J' avais considéré mes moments de rêverie, [ ] comme purement subjectifs et sans VERITE", voici de la psychanalyse collective - nous sommes au temps de ..Freud ) - écrite et détaillée par un observateur décalé, en , mais APRES avoir profondément vécu ces mondanités.
Il y a un peu de Little NEMO qui rêve dans son lit;
ATTENTION! Proust n' interprète pas les rêves, mais décrit ce qui se passe dans la tête, y compris les hypothèses rejetées - sans que cela se voit de l' extérieur - parce que psychosocialement impossibles ou sans intérêt pour la personne.
D' où l' utilisation des peut-être, du conditionnel, de l' imparfait. Nus flottons entre plusieurs eaux indécises, comme du Brahms composé sans note dominante.
Conséquence: impossible d' accéder au SAVOIR, d' approcher une VERITE ou de porter un JUGEMENT. Insupportable à tout philosophe...